Les soins centrés sur la personne : les racines de la relation thérapeutique

Bérengère et Éric Maeker, 09 Juin 2018.
Dans le contexte des soins apportés aux personnes atteintes de troubles cognitifs sévères (TCS), comment définir la relation thérapeutique pour voir émerger des soins humanistes, des soins centrés sur la personne ? Et quels en sont les bénéfices et les risques ?

Dans une orientation des soins centrés sur la personne, la relation que nouent les soignants avec les soignés est primordiale. Cette relation dépend de la façon dont est perçue la personne souffrant de troubles cognitifs sévères (TCS). Il peut être considéré comme une sorte de coquille vide dépourvue d’individualité, de personnalité, ou alors, il peut être identifié comme une personne à part entière, un être humain complet. La relation thérapeutique de soin différera fondamentalement selon l’approche choisie et apportera un lot spécifique de risques et de bénéfices pour le patient.

Les humains atteints de TCS perdent-ils leur individualité, leur personnalité ?

Certains auteurs et chercheurs postulent que la personnalité se perd totalement avec l’intensification des troubles cognitifs. Plus la maladie progresse, plus le déclin cognitif se prononce et prédomine sur la personnalité qui se perd et finit par totalement disparaître. L’évolution vers des TCS crée dans ce cas des individus dépossédés d’eux-mêmes et les transforme en « coquilles vides », ou en espèce de « mort-vivant ». Ce postulat amène à faire deux constats. Le premier constat concerne les relations nouées avec les soignants qui tendent à être dépersonnalisées, vidées de leur humanité, de leur chaleur. Le second réside dans la préséance que les préoccupations institutionnelles peuvent avoir sur les soins apportés aux personnes.

Toutefois, en considérant que la personnalité se développe au sein de relations interpersonnelles, il est possible d’envisager que, même avec une atteinte cognitive, l’individualité, la singularité, continue d’évoluer. L’humain se construit et s’adapte grâce aux relations interpersonnelles. Dans cette hypothèse, et avec la progression de la maladie, l’expression de la personnalité s’éclipse sans s’éteindre totalement, elle est comme cachée. À l’occasion de relations interpersonnelles favorables, elle pourrait resurgir. Des soignants décrivent des « moments de lucidité » chez les personnes atteintes de TCS. Ces moments apparaissent quand sont réunies trois conditions. L’équipe soignante reconnaît les individus atteints de TCS comme des personnes à part entière ; participe à leur compréhension de la réalité ; s’abstient d’avoir, à l’excès, des demandes ou des exigences de corrections (comportementales par exemple). En Suède, des études attestent de la diminution des comportements inadéquats et de la majoration d’un sentiment bien-être quand les personnes souffrant de TCS sont traitées comme des personnes autonomes. Leur personnalité se dévoile dans ce lien bienveillant noué avec les soignants et continue de s’exprimer au-delà du cadre thérapeutique. Évidemment, des interactions dépersonnalisées, orientées sur la tâche ou guidées uniquement par des procédures, étouffent l’émergence de la personnalité, piégée dans les nimbes du déclin cognitif.

Impact sur la relation thérapeutique

Le cadre conceptuel du développement de la personne (de façon individuelle, groupale et même sociétale) retentit sur la nature éthique des soins.

Dans l’hypothèse d’une perte de l’individualité, l’équipe peut considérer que rien ne peut être fait vu que la personne n’existe plus (sur le principe de la coquille vide). Il existe alors un risque de réduction des soins aux tâches physiques (laver, donner à manger, habiller, etc.) et aux procédures. Par ailleurs, les études tendent à montrer que dans cette hypothèse les relations sont réduites à leur plus simple expression. Le risque majeur réside dans une perte de sens des soins proposés. Ce qui est d’autant plus vrai que la vie de la personne souffrant de TCS est considérée comme dénuée de sens.

A contrario, dans l’hypothèse d’une construction interpersonnelle, les individus recevant les soins restent considérés comme des personnes à part entière encore capables d’évolution et d’interaction. Les soins dépassent les tâches physiques et les procédures élémentaires. Presque d’instinct, l’équipe inclut un enrichissement de la vie de la personne par l’instauration et le maintien de relations interpersonnelles de qualité.

En conclusion

L’être humain souffrant de troubles cognitifs s’épanouit, même à un stade sévère, s’il est considéré comme une personne à part entière se nourrissant de relations interpersonnelles propices à son développement.

La relation qui s’initie dans un contexte thérapeutique, ou d’accompagnement, est essentielle. Elle sous-tend la réussite des interventions si elle est significativement établie, maintenue, porteuse de sens et d’humanité. Cette relation thérapeutique caractérise l’essence des soins centrés sur la personne.

Références