La seconde personne est-elle authentique ?

Bérengère et Éric Maeker, 08 Février 2017. Mis à jour 11 Juin 2018.
Nombreux sont les hommes et femmes qui se cherchent, qui partent sur le long et heureux chemin, menant vers le Soi, son être authentique. Ces personnes empruntant leur chemin d’authenticité, savent à quel point le langage peut jouer en leur faveur ou leur défaveur.

Par quelle magie l’authenticité peut-elle s’exprimer à travers la seconde personne du singulier, le “tu” lorsqu’elle représente dans le discours le Soi : “Quand tu fais ceci ou cela” en lieu de place de “Quand je fais ceci ou cela” ? Cette seconde personne occulte le Soi, annihile l’autorisation d’être soi-même, d’être connecté à son propre Soi, à ses ressentis et besoins, et empêche de s’accepter soi-même.

Apologie du “Je” dans le “Jeu de la Vie”.

Deux amis se parlent au sujet d’un film. La première personne parle de son ressenti à un interlocuteur en utilisation la seconde personne du singulier pour parler d’elle.
Tu es là, tu regardes un film , tu vois les autres rire et toi non, tu n’es pas normal c’est évident.


Dialogue au sein d’un couple. L’épouse, qui a fait les courses le matin, parle d’elle à son époux en utilisation la seconde personne du singulier pour parler d’elle.
Tu fais les courses et que tu oublies le beurre, tu es mal pour faire ton gâteau et tu te fais disputer par les enfants.


Quelqu’un discute avec un formateur qui vient d’expliquer les règles d’un jeu. La personne exprime ses difficultés au formateur en utilisation la seconde personne du singulier pour parler d’elle.
Tu participes à une formation et tu ne comprends rien, tu es nul.

Quand j’entends une personne parler d’elle à la deuxième personne, je suis à la fois étonné et peiné. Étonné, car il me semble que l’utilisation du “tu” pour parler de soi traduit une interdiction d’exister. Je suis peiné par cette négation du Soi parce que j’apprécie de pouvoir me connecter pleinement avec mon être intérieur, celui que je suis en moi, mon être authentique. Je pense que cette connexion permet d’améliorer la vie et d’atteindre une authenticité avec laquelle chacun peut communier. Fort de cette prise de conscience, j’entends et j’accepte cette formulation et j’éprouve le besoin de favoriser la prise de conscience de cet effacement du soi. J’aimerai que chaque personne s’offre la possibilité de cette prise de conscience. L’accepteriez-vous ?

Comment définir le Soi ? Les professionnels de la santé mentale pourront offrir une définition différente selon l’appréciation qui en est faite : conscient/inconscient, personnalité… Ces différentes définitions sont importantes et nourrissent les profondeurs de la réflexion. Ici, le Soi sera utilisé comme correspondant à la seule et unique personne que chacun est et qui incarne les profondeurs de l’être. Il est l’être authentique qui anime toute personne. Lorsque le Soi s’exprime, l’authencité est totale et il est alors possible à tout à chacun de se connecter dans une relation réelle et profonde. Cette connexion directe qui existe entre le Soi et ce que chacun offre de lui-même au monde extérieur, voilà la définition de l’authenticité d’une personne. Et elle s’oppose à l’apparence qui est un ou plusieurs artifices qui permettent de cacher, de déguiser, de masquer l’être authentique, le Soi aux yeux du monde extérieur.

Le langage du quotidien offre une porte d’accès à son authenticité, à sa propre acceptation de soi-même. Oui, car pour être authentique il est impératif de s’accepter, sinon comment est-il possible de s’exposer ainsi au monde extérieur ? De plus, dans le dialogue intérieur que chacun nourrit avec lui-même, il est possible de toucher du doigt les moments d’acceptation de soi par soi-même ainsi que les moments d’occultation de soi par soi-même.

Être authentique avec soi-même est une des clés du vivre heureux. Cette authenticité avec soi-même est aussi la juste mesure de la profondeur d’une personne. Car l’absence d’artifice, l’absence de paraître, permet une connexion totale, sans obstacle ni barrière. Elle permet dans cette acceptation de soi par soi-même une acceptation des autres et une ouverture au monde efficiente.

Quels sont les moteurs de cette sorte de cécité du Soi dans le langage ? Sans appuyer cette analyse sur de quelconques données scientifiquement validées, voici ce qui pourrait être entendu par cette mise sous silence du Soi.

Une des raisons pourrait être la volonté, consciente ou non, de se déresponsabiliser. Lorsque l’idée exprimée traduit un mode de pensée et des suites d’action, le fait d’effacer le Soi permet d’éviter se s’attribuer la responsabilité de ce qui est exposé. Exemple : “Quand tu fais les courses et que tu oublies le beurre, tu es mal pour faire ton gâteau et tu te fais disputer par les enfants”.

Pourquoi se déresponsabiliser ? Par habitude ? Par négligence ? Par apprentissage culturel ? Quelle qu'en soit la raison, se déresponsabiliser est lié avec un manque de confiance en soi, un manque d’estime de soi, une peur de s’affirmer. De plus cette déresponsabilisation complexifie grandement la connexion à ses propres besoins.

Pourquoi est-ce que ce détail qui peut sembler insignifiant est si important ? À l’image de chaque caillou, qui accumulés, finissent par former une montagne infranchissable, chaque négation de soi oriente sur le chemin de l’interdiction. L’interdiction d’être soi, de s’affirmer. Il est fondamental de s’autoriser à exister. Et cela passe aussi par le “Je”. De plus, utiliser une formulation basée sur le “Je” permet de prendre conscience de ses difficultés, de ses ressentis et de ses besoins. Et il est essentiel de prendre en compte ses propres besoins pour vivre heureux.

Il est un jeu qui enlève une pierre à la montagne à chaque victoire. Il s’agit du jeu de la reformulation en “Je”, ou le “Jeu du Je”. Oui, jouer avec soi-même, car la vie est Plaisir ! En voici l’unique règle : à chaque apparition de la seconde personne à la place du Soi (donc du “Je”), la reformulation en “Je” est une victoire. Une victoire qui offre son potentiel d’introspection positive pour se rapprocher de son être véritable, de son authenticité, de son Soi. Et par là même, une victoire qui offre la possibilité de se reconnecter à ses propres besoins.

S’autoriser à exister est fondamental pour vivre.

Lire les différents exemples à voix haute permet de mieux apprécier l’impact de la reformulation.

Deux amis se parlent au sujet d’un film.
Tu es là, tu regardes un film , tu vois les autres rire et toi non, tu n’es pas normal c’est évident.


Quand je regarde un film et que les autres spectateurs rigolent alors que je reste impassible, je suis perplexe et parfois irrité, car j’ai besoin de comprendre la touche d’humour. Accepterais-tu de m’éclairer ?




Un couple parle à l’issue des courses, l’épouse parle à son époux.
Tu fais les courses et tu oublies le beurre, tu es mal pour faire ton gâteau et tu te fais disputer par les enfants.


J’ai fait les courses ce matin et je m’aperçois avoir oublié le beurre. Je me sens peinée et chagrinée, car j’avais prévu de faire un gâteau aux enfants pour leur faire plaisir. J’ai besoin de trouver une solution. Dans l’immédiat, je pourrai faire une autre recette et pour les prochaines fois, je vais mettre en place une liste sur papier. Accepterais-tu de m’aider à trouver une autre recette sans beurre ?




Quelqu’un discute avec un formateur qui vient d’expliquer les règles d’un jeu.
Tu participes à une formation et tu ne comprends rien, tu es nul.


Lors de ma dernière formation, nous avons abordé le Jeu du Je, j’ai peiné à comprendre et maintenant je me sens morose, car j’ai le souvenir de m’être senti fortement en accord avec les règles du jeu. J’ai besoin de mieux comprendre pour me permettre de jouer régulièrement. Accepteriez-vous d’expliquer à nouveau ce jeu ?

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