Finir la journée en bonté

Bérengère et Éric Maeker, 07 Juin 2016, mis à jour le 10 Juin 2018.
Le soir arrive. Le trop-plein émotionnel accumulé durant la journée a besoin de s'épancher. Ce débordement émotionnel sera avantageusement remplacé par une pensée positive pour faire cesser les ruminations. Bien souvent, la fin de journée est propice aux ruminations alimentées par les insatisfactions de la journée, les contrariétés, les devoirs, le sentiment de surcharge émotionnelle et intellectuelle. Cela est vrai en particulier chez les enfants (précoces ou non).

Il est possible de calmer le trop-plein en le laissant s'exprimer et en le substituant à une émotion positive. Comment faire ?

Chez l'enfant comme chez l'adulte, la journée est remplie d'alternances de diverses émotions : la joie, la confiance, la peur et le stress, la surprise, la tristesse, le dégoût, la colère ou l'excitation par exemple. Ces émotions peuvent se maintenir dans l'esprit et se retrouver le soir. La confusion s'agrandit alors. Les moult insatisfactions de la journée viennent obscurcir le tableau. Ce trop-plein émotionnel accumulé au fil des heures a besoin d'être évacué pour retrouver un niveau acceptable de sérénité, pour effacer les brumes de confusion, comme avec une éponge sur une fenêtre, alors qu'elles s'accrochent à nos yeux.

La méthode ci-dessous décrite, et qui pourrait faire l'objet d'une validation scientifique pourra être adaptée au rythme et aux besoins de chacun. Quel est l'objectif ? Simplement de prendre conscience progressivement des émotions que nous ressentons en fin de journée. Les voir s'entremêler et alimenter un dialogue interne potentiellement néfaste pour les substituer par une sensation agréable et positive. Qui souhaiterait rester dans un état d'esprit négatif et confus avant d'aller dormir ? Comment se couper de cet état d'esprit ?

La satisfaction du jour, le point positif

La méthode est simple. Elle se pratique quotidiennement, en couple ou en famille, lors d'un moment choisi de la soirée, de préférence toujours le même pour en faire une habitude de vie. Le repas du soir ou la fin du dîner est un moment propice et privilégié. La méthode se pratique loin des distractions télévisuelles et informatiques, dans un cadre serein et rassurant. Le téléviseur est éteint, les téléphones sont rangés (ils se rechargent), les ordinateurs sont éteints, le tout depuis plusieurs minutes (le début du repas par exemple). Une petite musique douce peut agréablement accompagner ce moment privilégié que s'accorde la famille ou le couple. Au départ, chacun exprime ce qui l'a exalté dans la journée, ce qui a éveillé en lui le plus agréable des sentiments, puis raconte ce moment où la satisfaction a été la plus intense. Il est possible de le détailler comme de simplement le rappeler. Les auditeurs garderont une écoute bienveillante. Une simple écoute peut suffire. À aucun moment, les termes utilisés, les idées exprimées, les émotions nommées ne seront critiqués ni jugés, ni moqués, ni même reformulés. Le respect et l'écoute priment, l'acceptation des dires prime. Et la joie se partage. La soirée débutera dans un état d'esprit plus serein et plus positif, au bénéfice de tout le monde.

Quelques exemples :

  • Aujourd'hui j'étais super content d'avoir les copains à la maison !
  • Ce soir les copines dorment à la maison !
  • J'ai fini mon rapport et j'en suis fier !
  • J'ai réussi à faire tout ce que j'avais programmé aujourd'hui, et j'ai même encore du temps libre !
  • Je suis heureux de pouvoir partager ce moment avec vous/toi.
  • Ce soir c'est mon programme TV préféré et en plus nous sommes vendredi, c'est la soirée TV de la semaine.
  • J'ai fini de lire ce livre tout à l'heure et j'ai trouvé la fin géniale.
  • J'ai débloqué mon ordinateur. Depuis lundi que j'attendais d'être dépanné, j'ai finalement réussi tout seul. La classe !

Exprimer sa gratitude

Exprimer sa gratitude est une immense force, la puissance de l'intelligence émotionnelle. Dire merci, simplement ou dans un gigantesque décor verbal en est la substance. Remercier autrui pour ce qu'il nous a apporté, son soutien, une idée, de la joie, une solution… Peu importe, remercier quelqu'un renforce la relation ainsi que la confiance en soi. Comment faire ? À l'identique, dans un cadre serein et rassurant, chacun son tour, dans le respect le plus total de la parole exprimée.

Quelques exemples :

  • Je te remercie d'avoir accepté que mes copains viennent à la maison, je me suis vraiment bien éclaté.
  • (en CNV) Lorsque j'ai lu cet article technique que tu m'as transmis, je me suis senti exalté, car j'avais besoin de réparer mon ordinateur rapidement, j'avais très peur de perdre tant d'heures de travail. Et grâce à cet article, j'ai réussi, seul, à redémarrer mon ordinateur et à récupérer mes fichiers à temps pour ma réunion. Je suis vraiment soulagé. Merci.

Avoir le choix… Le luxe

Et pourquoi imposer l'une ou l'autre des techniques ? Chacun sera libre de choisir d'exprimer sa satisfaction, son point positif, sa gratitude, sa joie, ou de rester silencieux avec ou sans le sourire aux lèvres, en toute liberté, dans le respect et la bienveillance du cercle familial.

C'est en famille, lors du repas du soir ou un peu plus tard, que cette méthode peut être maximisée. Lorsque l'enfant se sent pleinement en confiance avec ses parents, suffisamment pour exprimer ses ressentis du jour, ses émotions et ses insatisfactions. Il sera conforté par l'écoute bienveillante de leurs parents. Une porte s'ouvrira et permettra d'approfondir un ressenti positif ou même négatif avec l'enfant. Les parents pourront ouvrir pleinement cette porte et faire entrer une lumière bienveillante et nouvelle qui éclairera l'enfant sur ses difficultés et ses atouts. L'enfant, débarrassé de ses interrogations, de ses incompréhensions, renforcera son lien de confiance avec ses parents qui se sentiront valorisés et fiers.

Par ailleurs, apprendre à son enfant à exprimer clairement, avec le plus de précision possible, ses émotions lui permettra de se connecter avec lui-même, de se recentrer, de savoir les identifier dans l'expression qu'elles ont dans son corps. Et surtout, surtout, il sera alors possible d'entamer et/ou de renforcer la prise de conscience de l'intensité des émotions. Cette dernière, analysée à distance et dans un contexte bienveillant, était-elle appropriée ? Semble-t-elle, aux yeux de l'enfant, correctement proportionnée ? Apparaît-elle comme une impulsion émotionnelle ? L'article “Nommer ses émotions pour s'en libérer” apporte quelques réponses.

Favoriser l'échange, renforcer la confiance, intensifier la bienveillance mutuelle, approfondir les ressentis, aider l'apprentissage de l'intelligence émotionnelle, affirmer sa volonté bienveillante, offrir de l'empathie à grande dose, se remplir de joie, voilà un merveilleux programme accessible à tous.


Bérengère et Éric Maeker
07 Juin 2016