Réflexions sur l’empathie et l’effet de larsen émotionnel

Bérengère et Éric Maeker, 18 Juin 2017, mis à jour le 10 Juin 2018.

Apprendre à gérer les émotions peut sauver des vies.
Citation de l’auteur.

Renforcer l’éducation de l’intelligence émotionnelle à tout âge
permettrait de diminuer la violence effective et ressentie de ce monde.
Citation de l’auteur.

Ce que je recherche dans la vie, c’est la bienveillance,
un échange avec autrui motivé par un élan du cœur réciproque.
Marshall Rosenberg.
Réflexions sur l’empathie.
Qu’est-ce que l’empathie ? Quels sont les mécanismes de l’empathie ? Est-il possible de se perdre dans l’empathie ? L’empathie peut-elle être utile dans une relation thérapeutique ?

L’empathie est une énergie qui nous permet d’être pleinement en présence avec autrui. Par la capacité à prendre conscience et comprendre l’état émotionnel d’autrui, un lien se crée avec autrui et permet de développer une attitude/aptitude thérapeutique. Toutefois, il existe des écueils qu’il est nécessaire de connaître, car leur méconnaissance peut conduire au burn-out émotionnel.

En termes spirituels, l’empathie est l’énergie qui permet de mettre les vibrations de deux êtres à l’unisson. Cette harmonie leur offre une connexion pleine et entière à un niveau élevé. En termes psychologiques, l’empathie se définit comme la capacité, de tout à chacun, de prendre conscience et de comprendre les émotions d’autrui. Cette courte définition amène quelques questions intéressantes. Tout d’abord, sur la compréhension des émotions, ensuite sur la dichotomie (la division en deux parties) du ressenti : il est question de deux personnes dont l’une (qui sera nommé receveur) comprend les émotions d’une autre (qui sera nommé l’émetteur).

L’empathie peut avoir deux sources : la pensée et le ressenti, qui pourraient scientifiquement s’appeler empathie cognitive et empathie affective.

L’empathie dite cognitive s’inscrit dans la pensée. Le receveur imagine, construit une réalité autour de l’émetteur et s’interroge sur son propre ressenti comme s’il était à la place de l’émetteur. Par exemple, en regardant un funambule il est possible de ressentir de l’anxiété, la peur de chuter. Pour autant est-ce l’émotion que ressent l’équilibriste. Ce type d’empathie est dite cognitive. Elle est dénuée de ressentis directs chez le receveur.

Dans un autre versant, l’empathie, dite affective ou ressentie, réside dans la transmission de l’émotion spontanée de l’un vers l’autre, il s’agit d’une résonance émotionnelle. L’émetteur ressent une émotion et sans l’exprimer verbalement, le receveur la ressent en miroir et peut l’identifier en lui. Cette empathie se base sur l’existence de neurones miroirs qui impriment des mouvements (des expressions sur le visage par exemple) qui peuvent alors être ressentis dans le corps puis interprétés par ces mêmes neurones.

Être submergé par une émotion correspond à se sentir noyé à l’intérieur, dans l’incapacité de la gérer, voire de l’identifier.

L’empathie peut créer cet état lorsque le receveur résonne émotionnellement en s’identifiant dans (comme étant à l’intérieur) l’émetteur. Il n’existe, dans ce cas, aucune distinction entre soi et l’autre dans le ressenti émotionnel. Souvent, les personnes expriment cette difficulté par un « sentiment d’être l’autre, d’être à l’intérieur de l’autre » ou de « vivre sa vie ». Ils sont totalement identifiés à autrui par le biais de la submersion émotionnelle et pensent être et vivre la vie d’autrui (en tout cas avec la même émotion et la même intensité émotionnelle). Il s’en suit un emballement, une amplification, un effet de larsen émotionnel.

Par exemple, face à une personne triste en train de pleurer, la tristesse s’immisce chez le receveur. Si ce dernier identifie cette tristesse comme la sienne, il commencera à être submergé par l’émotion. L’émetteur ressentant la tristesse de son interlocuteur amplifiera d’autant son ressenti et un l’effet de larsen émotionnel battra de son plein, l’émotion de l’un amplifiant l’émotion de l’autre. Ce phénomène est visible pour toutes les émotions. Chacun a déjà expérimenté ce phénomène. Pour en prendre conscience, les émotions désagréables telles que la tristesse et la colère sont des repères accessibles à tout moment. La colère est démonstrative de cette submersion, de cet effet de larsen émotionnel. Deux personnes en colère se renforcent l’une l’autre dans leur rage, parfois jusqu’à la haine réciproque et éternelle. L’humanité gagnerait à comprendre ce simple phénomène, il se pourrait même que des guerres puissent être évitées par la compréhension et la gestion de ce mécanisme. Apprendre à gérer les émotions peut sauver des vies.

Retour à l’exemple fourni, et a contrario, si le receveur ressent cette tristesse en gardant présent à l’esprit que cette émotion est celle que ressent l’émetteur, il accède à la possibilité d’accompagner l’émetteur dans l’identification et la gestion de son état émotionnel. Il peut aussi retrouver le calme en lui-même et apporter de la sérénité à l’émetteur. Il empêche ainsi le phénomène d’effet de larsen de se produire. Par ailleurs, pour éviter cette “immersion de soi-même dans autrui”, le receveur a besoin de rester connecté à son identité et son vécu propres. Il peut ressentir en lui l’émotion de l’émetteur tout en l’identifiant comme émise par autrui et non sienne.

Lorsque certains soignants, ou aidants, expérimentent cette submersion émotionnelle et s’approprient les émotions des personnes qu’ils accompagnent, ils s’épuisent. Alors, en fin de journée, ils se trouvent dans un état émotionnel complexe, mêlé de colère, de tristesse, de peur et d’angoisse. Ils peuvent se sentir frustrés et impuissants, renforçant ainsi l’aspect désagréable de leur ressenti. Il est capital de prendre conscience que certaines émotions ressenties appartiennent à la personne aidée et de faire la distinction entre soi et l’autre tout en maintenant le lien de communication empathique. Sinon, le syndrome d’épuisement professionnel sera au rendez-vous.

Comment réussir à faire cette distinction entre soi et autrui sans détériorer le lien empathique ?

  • En premier lieu, comprendre et expérimenter le mécanisme de l’empathie est primordial.
  • Il est nécessaire de s’apaiser et de prendre conscience de l’état émotionnel courant, par une respiration volontaire et consciente, avant d’entrer en relation avec autrui. Ceci permet simplement de prendre conscience de son propre état émotionnel et de le gérer au besoin. D’évidence, l’émetteur de l’émotion peut aussi être le soignant et le récepteur, la personne accompagnée. Il est donc recommandé de gérer son propre état émotionnel afin d’éviter de le transmettre à la personne accompagnée.
  • Ce qui amène la réflexion qu’il est fondamental de travailler la connaissance de ses propres ressentis, sa connaissance des émotions et de travailler sa propre gestion émotionnelle. Ceci dans le but de se préserver de cette effet de larsen émotionnel. Éduquer l’intelligence émotionnelle est fondamental et pourtant cette éducation est absente des programmes d’enseignement usuels. Cette éducation demande du temps et justifie souvent un accompagnement spécialisé par un professionnel. Cet accompagnement peut être collectif ou individuel. Renforcer l’éducation de l’intelligence émotionnelle à tout âge permettrait de diminuer la violence effective et ressentie de ce monde.

L’empathie joue un rôle thérapeutique scientifiquement démontré et certaines approches psychothérapeutiques se basent sur l’empathie. Le thérapeute peut, par ce biais empathique, aider une personne ou un groupe en percevant l’état émotionnel ou les états émotionnels et travailler conjointement à leur compréhension et leur gestion. Carl Rogers, Marshall Rosenberg et d’autres psychologues basent leur accompagnement sur cette empathie thérapeutique par exemple.

Pour conclure, l’empathie se distingue de la submersion émotionnelle et utilise deux voies principales : la pensée et/ou le ressenti. Une identification erronée des ressentis émotionnels peut conduire à un épuisement professionnel pour les soignants et les gens aidant d’autres personnes. Il est à conseiller, pour eux, d’orienter leurs efforts sur l’approfondissement de leur propre connaissance de leurs ressentis internes et la respiratoire consciente préalable à tout contact avec autrui. Il s’agit d’un travail de tous les instants et qui peut occuper une vie entière.

  • Carl Rogers. (bibliographie en cours)
  • Jean Decety. (bibliographie en cours)
  • Paul Ekman. (bibliographie en cours)
  • Antonio Damasio. L’erreur de Descartes, 2010, Odile Jacob.
  • Marshall Rosenberg (voir cette bibliographie)
  • Daniel Goleman. L’intelligence émotionnelle, 2003. J’ai lu. Collection Bien être.
  • Matthieu Ricard. Plaidoyer pour l’altruisme, 2014. Pocket. Extrait
  • Steven Pinker. La part d’anges en nous, 2017. Les Arènes.
  • Giacomo Rizzolatti, Corrado Sinigaglia. Les Neurones miroirs, 2011. Odile Jacob.
  • Naomi Feil. Validation mode d’emploi, 2005. Pradel Editions.