Quelques pistes pour bien vivre un haut potentiel, un surdouement, une précocité intellectuelle

Bérengère et Éric Maeker, 20 Juin 2016, mis à jour le 17 Déc 2017.

Dans toute entreprise, la persévérance est la clé du succès.
Francis Bacon.
Oui, oui et re oui.
- Oui, bien vivre son haut potentiel, sa surefficience, sa surdouance peut être une réalité.
- Oui, le bonheur est à portée de main même pour celles et ceux qui fonctionnent très vite dans leur tête et leur coeur.
- Oui, l'épanouissement est devant la porte de chacun.

Comment bien vivre avec des idées constamment en tête ? Comment bien vivre avec cette sensibilité et les émotions qui accompagnent chacun d'entre nous ?

La précocité intellectuelle chez l'enfant se définie comme une surefficience aux tests d'intelligence qui s'accompagne d'une personnalité plus ou moins identifiable. De nombreuses descriptions de la personnalité des personnes à haut potentiel inondent la littérature et l'Internet, la véracité de ces descriptions reste imprécise. L'article sur la définition de la précocité intellectuelle fait le point sur les possibilités d'identification.

Comment mettre en valeur le potentiel disponible ? Bien vivre son potentiel pourrait très simplement se résumer à : “comment accepter son potentiel, ses atouts et ses difficultés” ?

Ces propositions sont plus ou moins empiriques, certaines bénéficient d'une forte assise scientifique, d'autres sont plus des “conseils d'ami”.

Se reconnecter avec son corps

Le sport est le meilleur antidote au vague à l'âme, aux ruminations. Pour s'en convaincre, il suffit d'attendre le point culminant des ruminations et d'aller se promener en forêt, en bord de mer ou dans la campagne durant trente minutes consécutives. La marche devra être assez vive, suffisamment pour accélérer la respiration sans plus. Au terme des trente minutes, le soulagement est quasiment tout le temps en au rendez-vous.

De nombreuses hormones viennent baigner le cerveau et lui offre l'appaisement tant attendu. Pour le corps, l'activité physique entretient artères, muscles, la souplesse, les capacités respiratoires… La liste des bénéfices est très longue !

Pourquoi signaler l'intérêt de cette reconnexion avec son corps ? Simplement parce qu'il est fréquent de constater que, noyée par les pensées, capitonnée par un esprit vif, la personne à haut potentiel peut avoir tendance à négliger les bénéfices d'une activité physique régulière. Ou alors, cette activité est envisagée avec une intensité inappropriée (vers haut le plus souvent).

Pratiquer un ou plusieurs sports, à bon escient, est un véritable remède. Deux à trois fois par semaine est une fréquence habituellement recommandée qui peut être adaptée à chacun. Selon l'âge et les capacités, l'activité et l'intensité de la pratique peut être modulée. Si la période d'arrêt de toute activité sportive est longue, il est préférable de commencer très doucement en prenant la précaution d'un avis médical.

Développer la conscience de soi

La connaissance de soi-même est le commencement de la sagesse. Aristote

Développer la conscience de soi, qu'il s'agisse d'une personne à haut potentiel ou non, est indispensable, fondamental. Il est possible d'être aidé par des professionnels de la santé ou de l'accompagnement de la personne pour accéder à cette conscience de soi. Les personnes à haut potentiel adorent en apprendre toujours plus sur eux-mêmes. Alors pourquoi s'en priver ? De nombreuses lectures sont disponibles, pour tout type de public. Une précaution est à prendre dans le choix des lectures, puisque certains ouvrages de psychologie peuvent avoir tendance à faire naître un inconfort persistant lors de la lecture, de par la remise en question en autonomie qui s'opère chez le lecteur ou par simple effet Barnum. Et il sera alors judicieux de s'entourer de personnes de confiance pour pouvoir discuter des découvertes personnelles que ces lectures lèveront.

Partager ses expériences, sa vie, ses difficultés et ses atouts avec ses pairs (celles et ceux qui nous correspondent) est fortement profitable. L'intégration à des groupes d'échange et de partage sur le haut potentiel ou de la parentalité en lien avec la précocité intellectuelle favorisera les apprentissages dans ce domaine.

Pour les enfants précoces, ce rôle d'initiateur du développement de la conscience de soi appartient aux parents. Ils peuvent le déléguer à des professionnels et resteront toujours attentifs à redoubler d'efforts pour aider leur enfant dans le parcours de la connaissance de soi. Bien évidemment, cela est plus facile quand toute la fratrie est à haut potentiel.

Développer sa bienveillance

Le principe des trois tamis permet de faire le tri des informations à traiter. Ce texte est attribué à Socrate alors qu'il est impossible d'en trouver la source historique. Voici toutefois le texte tel qu'il est habituellement publié.

Un jour, quelqu'un vint voir Socrate et lui dit :
- Ecoute Socrate, il faut que je te raconte comment ton ami s'est conduit.
- Arrête ! Interrompit l'homme sage. As tu passé ce que tu as à me dire à travers les trois tamis ?
- Trois tamis ? dit l'autre, empli d'étonnement.
- Oui, mon bon ami : trois tamis. Examinons si ce que tu a as à me dire peut passer par les trois tamis. Le premier est de celui de la Vérité. As tu contrôlé si ce que tu as à me dire est vrai ?
- Non; je l'ai entendu raconter, et…
- Bien, bien. Mais assurément, tu l'as fait passer à travers le deuxième tamis. C'est celui de la Bonté. Ce que tu veux me dire, si ce n'est pas tout à fait vrai, est-ce au moins quelque chose de bon ?
Hésitant, l'autre répondit : non, ce n'est pas quelque chose de bon, au contraire.
- Hum, dit le Sage, essayons de nous servir du troisième tamis, et voyons s'il est utile de me raconter ce que tu as à me dire.
- Utile ? Pas précisément.
- Eh bien, dit Socrate en souriant, si ce que tu as à me dire n'est ni vrai, ni bon, ni utile, je préfère ne pas le savoir, et quant à toi, je te conseille de l'oublier.

L'important ici est de montrer qu'il est possible de trier, de filtrer les informations avant de les prendre en considération. Le bombardement médiatique, la surmédiatisation, dont souffre notre civilisation rend difficile ce triage. À se demander si la motivation des médias pourrait être de déconnecter les gens d'eux-mêmes, les asservir à de leurs idéaux.

Il est plaisant de cogiter à cette surenchère d'informations. Le tri peut être délicat et favoriser les ruminations, ces idées presque obsessionnelles qui tournent et tournent encore sur elles-mêmes. Avant de mûrir une pensée sur une information, il sera bénéfique de la faire passer aux trois tamis : vérité, bienveillance, utilité.

Il est même possible d'étendre ce principe à bien plus que les informations reçues. Par exemple, chacun d'entre nous entretient avec lui-même un dialogue intérieur plus ou moins foisonnant. Ce triage peut aussi se faire avec son dialogue intérieur. Une question devient alors centrale dans ce processus : Ce dialogue est-il bienveillant envers soi-même ?. Et Marshall Rosenberg de dire : Lorsque nous exerçons une violence intérieure à notre propre égard, il est difficile d'éprouver une bienveillance véritable vis-à-vis des autres.

Ceci est une piste à creuser, car seules les personnes proactives développent cette bienviellance. Les personnes qui attendent les solutions restent aveuglées par des jugements et par des idéaux qui sont éloignés des leurs.

Mettre un terme définitif aux jugements

Penser est difficile, c'est pourquoi les gens jugent. Carl Jung.

Les personnes à haut potentiel, tout autant que n'importe quel être humain, tireront d'infinies richesses (d'eux-mêmes) à comprendre ce constat. Une des méthodes pour aboutir à un certain niveau de suspension du jugement serait de s'appliquer à apprendre et à s'exercer à la communication non-violente. L'article “Les jugements sources de rupture dans la communication” permet d'approfondir cette question.

Vivre pleinement ses émotions

L'intelligence émotionnelle est un concept remarquable de la psychologie (voir l'article sur les théories de l'intelligence). Elle permet de définir un Quotient Émotionnel (QE) à l'image du Quotient Intellectuel (QI). Cette intelligence meriterait d'être éduquée tout au long de la vie. Il est acquis certaines maladies sont liées à un dysfonctionnement de cette intelligence. Cette éducation serait bénéfique dès les premières années de la vie. Et cela pose la question de son apprentissage à l'école.

Les personnes à haut potentiel peuvent avoir un réel besoin de soutien dans ce domaine. Avec l'appui de quelques tests, il est possible de prendre conscience du potentiel d'amélioration dans la gestion émotionnelle. Les personnes très sensibles parfois même hypersensible, qui réagissent au quart de tour pourront apprendre à gérer leurs émotions. Ces débordements émotionnels associés à une intelligence émotionnelle affaiblie par des années de mise en silence fragilisent.

Cette intelligence peut se travailler, au quotidien. Le travail consiste à prendre conscience des émotions elles-mêmes, du moment où elles surviennent à leur mode d'expression dans le corps. Le travail consiste à améliorer sa façon d'exprimer ses émotions, à maintenir un climat émotionnel stable en soi, à gérer son stress et son anxiété. Cette intelligence émotionnelle englobe aussi la capacité à saisir les émotions d'autrui : la capacité d'empathie. Cette empathie qui peut devenir envahissante, tellement envahissante, que certains disent vivre littéralement les émotions d'autrui et, de fait, de ne plus savoir identifier le propriétaire d'un état émotionnel ressenti. Cela se travaille, avec patience. C'est possible.

Incarner ses idéaux, choisir sa pensée

Nous ne vivons pas dans un monde de bisounours. Cette phrase, riche d'enseignements, d'une ahurissante profondeur, fait écho depuis les années 1970-80. À cette grande époque, les bisounours (des oursons issus d'un dessin animé) régnaient en maître sur le monde. Ils distillaient l'amour et la bienveillance à longueur de temps. Comme les dinosaures, les bisounours ont disparu de la surface de la terre. Les scientifiques s'interrogent sans relâche pour expliquer cette étrange disparition. Depuis, le monde n'est plus que chaos et tout le monde l'accepte. C'est en abordant les théories de leur disparition que les propos de Gandhi ont pris tout leur sens : Sois toi-même le changement que tu veux voir advenir dans le monde . Celles et ceux qui assènent gravement cette maxime “des bisounours” semblent penser que la bienveillance appartient au monde de l'imaginaire des enfants et qu'en aucun cas elle puisse devenir un idéal à atteindre. Il est plus qu'évident que chacun a pleinement conscience du niveau de violence de ce monde. Pour autant, il est désolant de voir s'indigner des adultes et perdurer la violence, alors que le chemin de la bienveillance a déjà été dessiné par les bisounours et qu'il reste accessible à l'humain.

Le sage incarne ses idéaux sans peurs, sans craintes, sans se renier.

Retrouver du temps pour soi

Il est aisé de repérer où et quand le temps se perd. Pour mémoire, les personnes à haut potentiel aiment utiliser leur esprit pour découvrir de nouvelles choses, expérimenter, créer, lire… Pour se faire, il est indispensable de disposer de temps. Cette proposition vise à en trouver.

La télévision est un des principaux fléaux. Même lorsqu'il s'agit de regarder des émissions dites culturelles, bien souvent, le visionnage est pollué par des publicités qui détruisent la concentration par le zapping. Si la télévision reste allumée lors des regroupement familiaux, elle brouille et annihile les relations humaines. Ceux qui adorent les discussions intenses, les échanges en profondeur et la quête de sens risquent de se sentir frustrés. Lorsque la télévision est allumée, il est très fréquent de constater un hébètement de l'auditoire. Les discussions s'arrêtent ou deviennent stériles. L'information, parfois hostile et brutale, prend la place, toute la place, et laisse un goût amer au repas et aux merveilleuses discussions qui l'anime (ou à ses silences bénéfiques).

Donc, nouvelle piste de travail, en or : Exit la télévision, surtout lors des regroupements familiaux. Le repère d'une heure, une heure trente par jour est honorable. Au-delà, les questionnements sur l'intérêt des visionnages seront toujours pertinents et nécessaires.

Prendre conscience de ses addictions et se diriger vers le sevrage

Quelqu'en soit la motivation profonde, certaines personnes présentent un risque accru de développer des dépendances. Sont cités comme substrats à cette dépendance : le tabac, l'alcool, les drogues (douces souvent), médicaments, la procrastination sur l'Internet, les jeux vidéos. Il est capital de prendre conscience des dépendances installées et de tout mettre en oeuvre pour s'en délester. Le remplacement d'une dépendance par une autre, qui est un des écueils du sevrage, est un danger qu'il conviendra d'éviter le plus possible. L'avis et le suivi de professionnels de la santé sont nécessaires et justifiés dans cette étape. Même si le sevrage en solo de certaines dépendances reste accessible, il est préférable de faire appel à des professionnels. S'entourer de médecins compétents, d'une équipe pluridisciplinaire, pour le sevrage des dépendances chimiques (alcool, tabac, drogues, médicaments) est salutaire.

Regarder les deux côtés de la pièce de monnaie

L'esprit humain est entraîné, très entraîné, à regarder que le côté sombre de la pièce de monnaie. Un écueil culturel pour certains. La pièce, c'est la situation indélicate, la difficulté du moment, les ruminations… Bref, ce qui engorge la pensée et l'obcurcit. L'idée est de volontairement tourner le regard vers l'autre côté de la pièce, le côté lumineux. Chercher le positif en somme, tout en gardant à l'esprit qu'il existe un côté sombre et que sa noirceur, tout en continuant d'exister, nous aide à tourner les yeux vers la lumière, la lumière douce.

Le point de départ consiste à se poser sans relâche cette question : Que puis-je trouver de positif dans cette situation ? À chaque hésitation, à chaque moment difficile, se poser cette question revient à changer d'angle de vue et peut-être de dégager quelquechose de positif, voire de très positif. Il est question de changer l'angle d'analyse. Cette nouvelle analyse offre la possibilité de mettre en oeuvre une réflexion pertinente.

La seconde approche fait appel à la reformulation, car pour l'inconscient la formulation par la négative est opaque voire difficilement compréhensible. Cette reformulation demande, pour en savourer pleinement le miel, un travail supplémentaire pour tout à chacun. Les formulations positives sont facilement intégrées au niveau conscient comme inconscient, même si elles expriment un désaccord. L'article Dialogue positif : éviter les formulations négatives offre un approfondissement de cette approche positive inconditionnelle.

La troisième a déjà été présentée et accompagne la prise de conscience de nos jugements. Œuvrer à s'en détacher est un excercice qui demande une grande persévérance. Les personnes qui aiment les défis et la persévérance ont cet axe d'amélioration potentiel à explorer. Le défi consiste donc à épurer le discours et les pensées d'un maximum de jugements, à vie.

Le quatrième axe de travail réside dans l'appronfondissement grâce aux lectures et la mise en application constante, avec une détermination et une audace à toute épreuve, de ces quatre points d'amélioration qui viennent d'être énoncés.

Médicales

  • Christophe André. Et n'oublie pas d'être heureux, Odile Jacob, 2014.

Neurosciences

  • Michel Desmurget. TV Lobotomie - La vérité scientifique sur les effets de la télévision, Editions 84, 2013.

Psychologiques

  • Marshall B. Rosenberg. Les mots sont des fenêtres (ou bien ce sont des murs), La Découverte, 2004 (nouvelle édition 2016).
  • Carl Rogers. L'approche centrée sur la personne, Ambre Editions, 2013.
  • Elaine N Aron. Clouer le bec à son critique intérieur, Eyrolles, 2016 (troisième tirage).

Développement personnel

  • Don Miguel Ruiz. Les quatre accords toltèques : La voie de la liberté personnelle, Jouvence, 2016.
  • Christophe Carré. Bienveillant avec soi-même, Eyrolles, 2015.