Abécédaire de la douance : différence

Bérengère et Éric Maeker, 17 Octobre 2016, mis à jour 31 Juin 2018.

La connaissance de soi est le commencement de la sagesse.
Aristote

Être différent n’est ni une bonne ni une mauvaise chose. Cela signifie que vous êtes suffisamment courageux pour être vous-même.
Albert Camus

L’hétérogénéité est notre plus grande richesse.
Citation personnelle

Il arrive que les écrits sur la surefficience intellectuelle détaillent des différences entre les personnes intellectuellement surefficientes et, ce que les auteurs peinent à définir, le reste du monde. C’est étrange de trouver tant de différences à un groupe de population présentant des ressemblances si frappantes au point que certain(e)s s’interrogent, en lisant les livres de psychologie descriptive, sur cet auteur qui semble mieux les connaître qu’eux-mêmes. Petit bémol, il est classique de se reconnaître facilement dans des écrits (surtout de psychologie), c’est l’effet barnum. Toujours est-il que chez les personnes intellectuellement surefficientes, cette identification est exacerbée, parfois jusqu’à créer une réelle crise psychique à la simple lecture d’un livre.

Pourquoi utiliser des différences pour définir des caractéristiques communes ? Pourquoi est-il préférable d’appuyer sur des caractéristiques communes et des similitudes plutôt que sur des différences ?

Les scientifiques sont habitués à comparer, mesurer, classer du plus grand au plus petit… Lorsque le sujet touche la surefficience intellectuelle, le ratio groupe surefficient / groupe témoin, tous deux définis sur la base de la mesure d’un quotient intellectuel total (QIT), est de 1 pour 45 (2,3% pour les QIT > 130), à 1 pour 770 (0,13% pour les QIT > 145), voire 1 pour 33333 (0,003% pour les QIT > 160). Les résultats d’analyse sont exposés sous la forme de différences statistiquement significatives qui existent entre la population dont les résultats aux tests d’intelligence démontrent une aisance et la population témoin. Les scientifiques analysent des chiffres, des résultats d’évaluation de groupes de population, ils s’abstiennent de juger les personnes. Toutefois, la lecture de leurs résultats favorise, in fine, l’éloignement des personnes les unes des autres en alimentant l’argumentaire de la différence. Un fossé peut se creuser entre ces populations étudiées et l’exclusion trouver sa validation. Ces différences nourrissent la peur de l’eugénisme qui est toujours proche de l’idée d’une surefficience intellectuelle. À l’image du laboratoire de Beijing Genomics, en Chine, qui cherche à séquencer l’ADN des surefficients. Ou plus tristement à l’image de certains courants politiques dont la trace historique est une profonde cicatrice encore béante dans le cœur de l’humanité.

Qui suis-je ? Est-ce la question qui sous-tend la recherche de différences ? Est-il possible de se trouver soi-même en s’opposant à un ensemble d’individus ou est-il préférable de se définir restant intégré aux différents groupes ?

L’opposition

Il est important de souligner qu’en cherchant des différences, l’individu cherche des oppositions entre deux références. S’il s’identifie à un groupe, il peut, sur la base des statistiques de la psychologie différentielle, s’opposer à d’autres groupes. À ce moment, gagne-t-il en connaissance de soi ? Est-il sain de se définir, se chercher soi-même, en opposition aux autres ? Cette démarche risque d’enfermer dans une quête qui pourrait prendre l’allure d’une marche égoïste, excluant toute personne extérieure, voire, à l’extrême, toute aide extérieure.

Chaque personne vit les mêmes difficultés que leur voisin. La colère, par exemple, s’exprime face aux mêmes situations de vie chez tout à chacun. Ce qui différencie deux personnes réside plus dans la façon dont sera abordée cette difficulté, cette colère. Il est donc un point commun : réagir à une situation, et des singularités : les diverses réactions personnelles à cette situation. Il est dommage de résumer les deux en une différence statistiquement significative. Chaque personne est unique, singulière, est-il besoin de le rappeler ?

Lorsque la réflexion se focalise sur les différences, la pensée produite des jugements, des critiques, des comparaisons qui auront pour seul résultat d’élargir le fossé entre tout à chacun. Pour rendre leurs conclusions aux tests d’intelligence, les psychologues concluront de façon standardisée à une intelligence supérieure à la moyenne, voire à une intelligence très supérieure à la moyenne, couronnant le jugement et culpabilisant les lecteurs du dit compte-rendu. À la question qui suis-je certaines personnes pourraient comprendre je suis supérieur. De là pourra découler des montagnes de culpabilité : je suis supérieur, ma vie devrait être bien plus remarquable qu’elle ne l’est, j’ai raté toute ma vie et maintenant je dois réussir à la hauteur de la supériorité de mon intelligence… Celles et ceux qui liraient le compte-rendu et qui ne seraient pas concerné par la conclusion, à la question qui est cette personne auraient comme réponse elle est supérieure, voire très supérieure,. La culpabilisation qui découlerait d’une comparaison serait accablante : si cette personne est supérieure, serait-elle supérieure à moi ?, sa vie doit être géniale comparativement à la mienne… La suite de ces réflexions amène à la jalousie, au le rejet, à l’opposition.

Les jugements bloquent la communication ainsi que le dialogue intérieur que chacun entretient avec lui-même. Au plus, ce dialogue interne sera délétère, au plus la confiance et l’estime de soi seront affaiblies, jusqu’à être anéantie.

Baser la recherche de soi sur des différences va à l’encontre des règles du bien-vivre sa douance en affaiblissant la confiance et l’estime de soi.

L’intégration

A contrario, se sentir similaire à son voisin tout en acceptant son aspect singulier enrichit la réflexion. Il est scientifiquement établi que les personnes intellectuellement surefficientes possèdent quelques caractéristiques communes qui peuvent les définir en tant que groupe. Par ailleurs, ces personnes restent des humains vivant sur terre et partageant avec le reste de l’humanité les mêmes problématiques, joies, peurs…

Un travail sur les comptes-rendus psychologiques permettrait d’engager une discussion proche de la suspension du jugement. Par exemple, la reformulation du compte-rendu ci-dessus cité pourrait être le suivant : “Les épreuves réalisées démontrent un fonctionnement intellectuel singulier et hétérogène. Les déductions hypothético-déductives sont une force. Comparativement, la compréhension du langage est un axe de travail. Le quotient intellectuel total est élevé et se trouve au-dessus de la limite représentant X% de la population générale.”… Quel intérêt d’utiliser la classification des quotients intellectuels de Weschler (supérieur à la moyenne, très supérieur à la moyenne…) ?

Dans son rapport au groupe, la personne surefficiente tirera bénéfice à être attentive, très attentive, aux jugements, encore plus si l’intolérance à l’injustice est l’une des caractéristiques des personnalités des surefficients aux tests d’intelligence. Est-il juste de se définir soi-même en jugeant autrui ? Avec un goût prononcé pour le verbe, la recherche constante pour trouver les mots congruents, la reformulation en bénéficiera et permettra de s’approcher de la suspension du jugement.

Chercher à se définir soi-même sur la base de caractéristiques communes est la marque d’une confiance et d’une estime de soi entretenue. Cela rétablit le sentiment d’appartenance à un groupe, à une humanité. Cela amène la réflexion sur le partage, l’altruisme, la compassion, sur la possibilité d’une intelligence collective…

Se définir soi-même en termes d’appartenance et non en opposition ouvre les portes du possible, efface la peur de l’autre et enrichit les relations.

En lieu et place du mot différence, il est souhaitable de lire, dire et écrire caractéristiques communes ou singularités.

J’aime les gens qui choisissent avec soin les mots à ne pas dire. Alda Merini.

Être différent n’est ni une bonne ni une mauvaise chose. Cela signifie que vous êtes suffisamment courageux pour être vous-même. Albert Camus