Les tests d'intelligence pour les adultes : le test de référence et son intérêt

Bérengère et Éric Maeker, 28 Juin 2016.
La vie est ainsi faite, que parfois c'est à l'âge adulte que la question d'une surefficience, d'un haut potentiel intellectuel se pose. Le schéma classique est l'entrée dans la prise de conscience de l'adulte grâce à sa descendance (de première ou même de seconde lignée - enfants ou petits-enfants). Beaucoup de questionnements surgissent, le déni aussi souvent. Et inévitablement, la question de la mesure de l'efficience intellectuelle se pose.

Pourquoi réaliser des tests d'intelligence ? Et qu'est-il possible d'en espérer ?

Les tests de neuro-psychologiques d'intelligence sont dessinés pour des besoins particuliers. À l'initial, ces tests étaient utilisés pour détecter les enfants sous-efficients, en difficulté scolaires. Chez l'adulte aussi, l'utilisation des tests d'intelligence vise à porter un diagnostic sur des maladies, des défaillances, des handicaps plus que d'établir une cartographie d'une surefficience intellectuelle. Utiliser un test d'intelligence dans l'objectif de savoir s'il existe ou non une surefficience, et en rester là, est, en quelque sorte, un détournement de l'usage classique de ces tests. La surefficience intellectuelle est une chance au contraire d'une maladie, d'un handicap ou d'une défaillance. Certes, des caractéristiques de la surefficience peuvent rendre certains aspects de la personnalité fragile. Toujours est-il que la surefficience, le haut potentiel intellectuel, sont tout sauf un désastre.

Dans le nuage des tests psychométriques de l'intelligence, il convient de rester cohérent et de passer un ou des tests scientifiquement validés et correctement étalonnés pour la population dans laquelle vit le sujet. Donc, exit les tests rapides proposés sur l'Internet. Nul besoin de détailler l'absence de preuve scientifique, de cadre et de maîtrise du contexte de la mesure. Seuls les psychologues (et de préférence les neuro-psychologues) peuvent réaliser des tests de mesure de l'intelligence validés et de préférence des psychologues riches d'une forte expérience dans ce domaine précis.

Une fois la décision de passer un ou des tests établie, une grande attention sera portée sur le test en lui-même et son numéro de révision. Inutile de passer un ou des tests dont la révision est trop ancienne, car l'étalonnage et les méthodes de passation (voire même le contenu) ont été adaptés aux avancées scientifiques les plus récentes.

Les tests de Weschler sont les tests les plus habituels, même s'ils manquent de précision sur certains points, s'ils présentent un effet plafond (c'est-à-dire que le test est aveugle aux QI supérieurs à 160, ce qui peut être problématique pour les subtests par exemple), et s'ils se contentent de tester l'intelligence académique. Les différentes théories de l'intelligence permettent d'envisager des intelligences multitudes qui souffrent, à ce jour, d'un manque d'outils de mesure.

Pour l'adulte, la WAIS (Weschler Adult Intelligence Scale) est préférable à tout autre outil. La dernière révision date de 2011 et porte le numéro IV. Il sera donc indispensable de demander à passer un test de WAIS IV. Un thérapeute habitué et fortement sensibilisé à la douance sera plus pertinent qu'un thérapeute non sensibilisé à la douance chez l'adulte.

L'interprétation des tests est délicate et permet de dégager bien plus qu'une simple moyenne de performance, le QIT (quotient intellectuel total). Une multitude d'information peut se déduire comme les troubles dys (les troubles d'apprentissage pour une ou plusieurs capacité académique comme la lecture, le calcul, l'écriture, le dessin…). Les troubles dépressifs peuvent, au terme de ces tests être analysés sous un nouvel angle, idem pour les troubles anxieux, relationnels, les troubles de la gestion émotionnelle.

Chez l'adulte, les indications médicales classiques des tests se résument ainsi :

  • Évaluation des troubles mentaux tels que la schizophrénie, la dépression, les phobies ;
  • Recherche et identification de troubles cognitifs (maladie d'Alzheimer et apparentées, maladies neurologiques) et définition d'un profil de rééducation cognitive.

Toujours chez l'adulte, les indications psychologiques sont les suivantes :

  • Aide au recrutement de professionnels et/ou d'étudiants ;
  • Aide à l'orientation/réorientation professionnelle.

L'identification d'une surefficience n'a de sens que si elle est baignée dans l'une de ces démarches. Toutefois, toute personne (suspectée ou non d'être à haut potentiel intellectuel) qui présenterait une demande pressente d'un chiffrage de son efficience intellectuelle, peut trouver des réponses dans les tests… et encore plus de questions.

En se limitant à l'étude des adultes, le QIT est un élément nécessaire et insuffisant à lui seul pour définir un surdouement. Le contexte de vie, la présentation de la personnalité, les caractéristiques communes des surefficients peuvent suffire à amorcer un travail sur soi. Ce chemin, chargé d'analyse et de réflexions, dure longtemps alors que la réalisation d'un test ne dure qu'une heure trente. Et d'une façon ou d'une autre, et ce, quelque soit le résultat chiffré, un accompagnement de l'annonce des résultats est nécessaire. Par ailleurs, si la seule motivation est d'avoir un chiffre alors jouer au loto aura de meilleurs résultats.

À savoir, la surdouance se définit différemment selon le pays, la limite inférieure de QIT passe de 125, à 130 ou même à 140. Au regard des études scientifiques, cette limite reste flou et sujette à caution. Alors finalement, qui est réellement surefficient ?

Et que dire des fluctuations de mesures signalées dans les études scientifiques ? Une même personne peut connaître des variations de mesure de QIT selon le contexte dans lequel est réalisé le test. Ce phénomène met en lumière un mécanisme d'adaptation basé sur l'inhibition intellectuelle. Autrement dit, placée dans un mauvais environnement (social, scolaire, professionnel ou familial) une personne peut perdre des points de QIT suite à la mise en place de ce mécanisme d'adaptation. Le génie s'endort. Une rééducation rondement menée permet de réveiller le génie endormi. Cette rééducation prend de quelques mois à plusieurs années.

Un ou plusieurs tests de personnalité seront les bienvenus pour mettre en lumière les caractéristiques communes des surefficients (que ce soit leurs atouts ou leurs axes d'amélioration). Pour l'adulte, ces tests sont plus pertinents que les tests d'intelligence car ils permettent de dégager des pistes de travail plus concrètes.

Le test de la pensée créative de Torrance (TTCT) peut apporter un élan nouveau à la définition de la douance. Les surefficients sont habituellement des personnes à fort potentiel créatif.

Quelques questions fondamentales se posent :

  • Les tests mesurent-ils l'efficience des sujets à passer le test ou autre chose ? Binet disait de l'intelligence qu'elle se définissait par ce que mesurait ses tests. Est-ce cela de l'intelligence, réussir un test ?
  • Les tests prennent-ils en compte correctement le niveau socio-culturel du sujet ?
  • L'intelligence aurait-elle pour finalité de réussir un apprentissage académique et réussir un parcours professionnel brillant ?
  • L'intelligence émotionnelle, qui serait meilleur marqueur que les tests d'intelligences classiques pour prédire une réussite académique, est-elle prise en compte ? Et quel est le lien entre intelligence académique, intelligence émotionnelle et la douance ?
  • L'intelligence peut-elle se définir de façon décontextualisée (dans des interrogations abstraites) ?
  • Que faire des résultats ? Si par exemple l'intelligence est rélévée comme très hétérogène (la personne ayant de très fortes capacités dans un ou plusieurs domaines, et dans d'autres des capacités statistiquement attendues), une stratégie de prise en charge accompagnera-t-elle cette identification ?
  • Qui prendra en charge les troubles potentiellement dépistés grâce aux tests ?

La conclusion : chacun garde sa liberté. Il est possible de vivre avec l'idée d'un haut potentiel intellectuel sans réaliser de tests, comme il est possible de vivre avec son haut potentiel intellectuel identifié et chiffré. Il sera plus difficile de travailler sur soi en gardant l'idée d'un haut potentiel intellectuel non crédité par les tests. Il sera pertinent de travailler sur son haut potentiel intellectuel avec des tests d'intelligence approfondis par des tests de personnalité. Choisir de faire, ou non, un ou des tests, c'est choisir de suivre un chemin, aucunement d'en sortir.

Qu'attendre précisément des tests ? Et quelle sera la suite à leur donner ? Deux questions auxquelles chaque demandeur devrait préalablement se confronter.

Médicales

  • Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders, cinquième révision. 2013.

Psychologiques

  • Jean-Luc Bernaud. Tests et théories de l'intelligence, Dunod, 2013.
  • Dana Castro. Pratique de l'examen psychologique en clinique adulte 2e ed. - Wais IV, MMPI-2, Rorschach, Dunod, 2001.
  • Monique de Kermadec. L'adulte surdoué, Albin Michel, 2011.
  • Jeanne Siaud-Facchin. Trop intelligent pour être heureux ? L'adulte surdoué, Odile Jacob, 2008.
  • Christel Petitcollin. Je pense trop : Comment canaliser ce mental envahissant, Guy Trédaniel éditeur, 2010.